L'UP, en tant que partenaire du projet initié par FBLO a décidé de créer un concours dans le concours afin d'inciter ses étudiants à envoyer leur texte. Un grand merci à ceux qui ont participé.
Les membres du jury (7 étudiants de l'UP) ont délibéré le mardi 3 avril 2018. Les trois textes lauréats désignés sont :
 
  1. Henri Burgkard pour le texte "Bali"
  2. Nicole Vu-Augier de Montgrémier pour le texte "Où l'on fait un crochet pour le bambou".
  3. Marie-Laure Chevalier-Gilet pour le texte " Où la traversée des montagnes qui naviguent impressionne passepartout"
Ils gagnent chacun un bon cadeau d'une valeur de 150 € sur l'adhésion et cours pour l'année 2018-2019
 

Bali - Henri Burgkard

Où Passepartout manque à nouveau de faire échouer son maître
Le 5 au matin, le Buleleng accosta à Singaraja, capitale de la colonie hollandaise. Les voyageurs partirent à la Residentie faire viser leurs passeports. Puis Fileas Fogg et Mrs Aoula se mirent en quête de son oncle, négociant en café membre de la communauté parsie de Bali. Passepartout se retrouva seul, avec quatre heures devant lui avant le départ du bateau. "Ma foi, se dit-il, tandis qu'ils cherchent leur Parsi par-là, visitons un peu!"
À quelques centaines de pas, sous un immense banyan, se dressait un autel consacré au dieu singe Hanuman, particulièrement vénéré dans l'île. Les macaques omniprésents étaient de ce fait des animaux sacrés à qui l'on tolérait tout.
Passepartout contempla la statue d'Hanuman. "C'est le dieu des voyageurs, pensait-il, et il a bien failli nous faire tuer en Inde!" Et ce disant, il donna à la statue une tape indulgente, mais néanmoins sacrilège. À l'instant même, on le bouscula violemment. Un macaque de belle taille venait de lui arracher le sac contenant argent et passeports. Il s'agrippait maintenant aux branches basses de l'arbre, adressant au Français ses plus expressives grimaces.
Passepartout resta paralysé : comment récupérer son bien? S'il n'y parvenait pas, la suite du voyage était compromise, par sa faute! Soudain, il avisa une noix de coco parmi les offrandes et, se souvenant de son passé d'acrobate, la lança avec vigueur sur l'animal. Le singe, qui fouillait maintenant la sacoche, ne vit pas le projectile arriver. Il le prit en plein thorax et chuta lourdement, laissant échapper le sac dont le contenu s'éparpilla. Passepartout ramassa prestement le tout et repartit en hâte vers le port.
Trois heures plus tard, appuyé au bastingage du steamer, il relatait à Fileas Fogg l'étonnante coïncidence entre la claque administrée au dieu et l'attaque du singe. La réponse de l'anglais fut brève et définitive :
— Mon garçon, fit-il, épargnez-moi ce genre de Balivernes !

Où l'on fait un crochet pour le bambou - Nicole Vu-Augier de Montgrémier

À Shanghai, son avance permit à Phileas Fogg de faire un détour par Fuzhou, pour répondre à la curiosité de l'ingénieur Andrew Stuart et se renseigner sur la culture du bambou dans l'arrière-pays. Passepartout fêta leur arrivée dans un de ces cinq ports chinois ouverts aux Occidentaux en montrant avec succès ses talents d'acrobate sur un échafaudage en bambou devant la Maison de la guilde des marchands. Logés près de la rivière Min, à 25 miles de la Mer de Chine orientale, ils purent voir des barges, certaines remplies à raz bord du charbon, dont ils rêveraient plus tard. Passepartout et Madame Aouda qui connaissait quelques rudiments de chinois firent comprendre qu' ils voulaient se rendre à la colline Yu. Partis aussitôt, ils constatèrent bientôt qu'ils étaient sur la bonne route, car sur des fils, se balançaient des baguettes en bambou. La colline, dont le relief disparaissait sous la végétation luxuriante, offrait un premier étage couvert de théiers, mais le chemin devenait périlleux, car jonché de troncs de bambous coupés attendant d'être expédiés via la rivière. Ils s'arrêtèrent bientôt, surpris par un gros fracas dans la forêt. Craignant un désagrément, Phileas Fogg et Passepartout décidèrent d'aller voir ce qui se passait, mais la température avait baissé et il avait neigé peu auparavant ; un expédient fut trouvé par Passepartout.
«Monsieur, enfilez ce sac en jute par dessus vos chaussures !
- Bonne idée, Passepartout.»
Ainsi équipés, flip-flap... ils montèrent sur le flanc de la colline entre les bambous, dont certains étaient marqués de caractères chinois, et soudain dans la brume surgit un homme portant astucieusement sur l'épaule une extrémité de bambou qui dépassait du «fagot» de sept troncs qui traînait derrière lui, rendant la charge moins lourde pour arriver en bas. Phileas Fogg obtint les renseignements recherchés, ce qui leur permit de rebrousser chemin aussitôt, pour reprendre leur périple le lendemain.

Où la traversée des montagnes qui naviguent impressionne passepartout - Marie-Laure Chevalier-Gilet

Passepartout était loin de pouvoir se représenter le merveilleux voyage qui l’attendait et s’il n’avait pas eu l’heur de revoir Paris, en touriste, le temps libre que lui laissait l’acheminement par le rail jusqu’à Suez, le mit face à l’évidence que servir Phileas Fogg serait non une expérience, mais aussi une aventure.
 Le défilé des paysages variés et insoupçonnés de la France dans la lumière de l’automne approchant le plongeait dans un candide ravissement. Le soudain surgissement des cimes enneigées des Alpes lui donna le vertige, et il prit peur, quand parvenu au Mont-Cenis, le train s’engouffra dans le ventre de la montagne, allons donc, on avait vraiment troué la roche de toutes parts ?
Curieux de la représentation topographique des lieux, il partit à la recherche d’une carte murale dans l’animation de la gare de Turin et crut à une facétie lorsqu’il découvrit qu’ils auraient à franchir une longue jambe galbée, accidentée et retenue dans une botte-plâtre qui pendait entre les eaux turquoise de la mer Tyrrhénienne, sur le devant, et de la mer Adriatique à l’arrière.
Si percer un tunnel dans les Alpes lui avait paru un exploit inimaginable, la connaissance des prouesses technologiques que constituait la mise en place somme toute récente du réseau ferroviaire transalpin continuait de le surprendre. Il rendait grâce à ce maître imperturbable et fantasque de se retrouver en prise directe avec la géographie du monde. Leur train Bologne-Brindisi allait donc longer en altitude allègrement et rapidement les sommets des Apennins pour être dès demain samedi 5 octobre comme prévu, prêts à embarquer à bord du Mongolia pour Suez.
 Egaré dans ses jubilations, il réagit prestement à l’appel de Mr Fogg qui prenait place dans le train et partit rechercher des joueurs de whist, car le gentleman avait beau être au fait de la modernité, il n’avait cure d’en contempler les réalisations.